L’article 157 bis du code général des impôts accorde aux contribuables de plus de 65 ans et à certaines personnes invalides un abattement sur leur revenu imposable. Ce dispositif, reconduit pour la déclaration 2026 portant sur les revenus 2025, ne s’applique pas uniformément : il dépend de l’âge au 31 décembre de l’année d’imposition, du revenu net global du foyer et, dans certains cas, d’une situation d’invalidité reconnue.
Comprendre qui y a droit, et surtout ce que cet abattement change concrètement sur la feuille d’impôt, suppose de démêler plusieurs conditions qui se cumulent ou s’excluent selon la composition du foyer.
Revenus 2025 ou revenus 2026 : la date qui compte pour l’abattement fiscal des seniors
Une confusion fréquente brouille la lecture des montants publiés chaque printemps. Les chiffres associés à la déclaration 2026 concernent les revenus perçus en 2025. L’âge du contribuable s’apprécie au 31 décembre de cette année de perception, pas au moment où il remplit sa déclaration.
Un contribuable né en 1960, par exemple, a atteint 65 ans au 31 décembre 2025 et peut donc prétendre à l’abattement sur ses revenus de cette année-là. En revanche, une personne née en 1961 n’aura que 64 ans à cette date et ne sera pas éligible au titre de l’âge, même si elle déclare en 2026 alors qu’elle a déjà fêté ses 65 ans.
Cette distinction entre année de perception et année de déclaration affecte aussi les plafonds de revenus retenus pour le calcul. Les seuils publiés par l’administration fiscale sont indexés sur l’année des revenus, et non sur celle du dépôt. Un retraité qui connaît une variation de revenus d’une année sur l’autre peut basculer d’une tranche d’abattement à une autre, ou perdre le bénéfice du dispositif, sans que sa situation personnelle ait fondamentalement changé.
Pour comprendre les critères d’éligibilité et les barèmes détaillés, l’abattement fiscal des retraités de plus de 65 ans fait l’objet d’un guide complet qui reprend les montants applicables selon les tranches de revenu net global.

Abattement sur le revenu imposable : un mécanisme souvent mal compris
L’abattement prévu par l’article 157 bis ne fonctionne pas comme un crédit d’impôt. Il ne réduit pas directement le montant de l’impôt dû. Il diminue le revenu net global soumis au barème progressif. La conséquence pratique : l’économie réelle dépend de la tranche marginale d’imposition du foyer.
Un foyer dont le revenu net global, après abattement, reste en dessous du seuil d’imposition ne tirera aucun bénéfice fiscal supplémentaire du dispositif. L’abattement peut abaisser le revenu imposable sans pour autant générer une restitution. À l’inverse, un foyer situé dans une tranche à 30 % verra son économie d’impôt amplifiée par l’effet du barème progressif.
Deux niveaux d’abattement selon le revenu net global
Le montant de l’abattement varie selon le revenu net global du foyer. L’administration fiscale distingue deux tranches :
- En dessous d’un premier plafond de revenu net global, le contribuable bénéficie de l’abattement à taux plein.
- Entre ce premier plafond et un second seuil, l’abattement est réduit de moitié.
- Au-delà du second plafond, aucun abattement n’est accordé, quel que soit l’âge du contribuable.
Pour un couple soumis à imposition commune dont les deux membres remplissent la condition d’âge, l’abattement est doublé. Ce doublement suppose que chacun des conjoints ou partenaires ait plus de 65 ans au 31 décembre de l’année de perception des revenus.
Invalidité et abattement : un accès sans condition d’âge
L’article 157 bis ne se limite pas aux retraités de plus de 65 ans. Les contribuables titulaires d’une carte mobilité inclusion portant la mention invalidité bénéficient du même abattement, sans aucune condition d’âge.
Ce volet du dispositif est régulièrement omis dans les guides fiscaux destinés aux seniors. Un contribuable de 55 ans, titulaire d’une carte mobilité inclusion mention invalidité et dont le revenu net global reste sous les plafonds, a exactement le même droit à l’abattement qu’un retraité de 70 ans.
Cumul âge et invalidité au sein d’un couple
Dans un foyer soumis à imposition commune, la situation de chaque membre s’apprécie séparément. Si l’un des conjoints a plus de 65 ans et l’autre détient une carte d’invalidité, chacun ouvre droit à un abattement distinct. Le foyer peut donc cumuler deux abattements même si un seul des deux remplit la condition d’âge.
Cette règle crée une asymétrie avec les couples où un seul membre est éligible. Un foyer composé d’un retraité de 67 ans et d’un conjoint de 62 ans sans invalidité ne bénéficiera que d’un seul abattement, alors qu’un couple de même âge dont le conjoint plus jeune est invalide en obtiendra deux.
Cumul de l’abattement seniors avec l’abattement de 10 % sur les pensions de retraite
L’abattement de l’article 157 bis se cumule avec l’abattement forfaitaire de 10 % appliqué automatiquement sur les pensions de retraite. Ces deux mécanismes interviennent à des étapes différentes du calcul de l’impôt.
L’abattement de 10 % s’applique d’abord sur le montant brut des pensions, pour déterminer le revenu net catégoriel. L’abattement seniors intervient ensuite, sur le revenu net global, c’est-à-dire après addition de tous les revenus nets catégoriels du foyer.
L’ordre de ces opérations a une incidence directe. Le revenu net global, qui détermine l’éligibilité et le montant de l’abattement seniors, est calculé après application de l’abattement de 10 % sur les pensions. Un retraité dont la pension brute dépasse le plafond peut donc se retrouver éligible à l’abattement seniors une fois la déduction de 10 % effectuée.

Les retraités qui cumulent pension de base et pension complémentaire voient l’abattement de 10 % s’appliquer sur chacune. Le montant total déduit reste toutefois plafonné à un maximum fixé chaque année par l’administration fiscale, ce qui limite l’avantage pour les pensions les plus élevées.
L’abattement seniors, lui, n’est pas plafonné en tant que tel : il est fixe selon la tranche de revenu. Mais son effet s’annule dès que le revenu net global dépasse le seuil supérieur. La combinaison des deux dispositifs profite donc principalement aux foyers dont les revenus de pension restent dans une fourchette intermédiaire, suffisamment élevés pour être imposables, mais pas assez pour dépasser les plafonds de l’article 157 bis.



